Préambule : L’article ci-dessous peut être consulté comme un diaporama. Il a été élaboré à partir d’une intervention pour un cycle de master à l’Université de Strasbourg.
Introduction : Le jardin de promenade comme espace urbain
Des jardins de promenade historiques du Japon aux jardins d’inspiration japonaise créés en France et en Allemagne, une même tradition paysagère s’est déplacée, adaptée et transformée. L’observation de ces jardins permet de comprendre ce qui se produit lorsqu’un modèle né dans un contexte culturel précis est transféré dans d’autres environnements civilisationnels, culturels et géographiques.
Partout, ces jardins partagent une même vocation, discrète mais essentielle : offrir un lieu de repos et de méditation, une parenthèse de silence dans le bruit urbain.
Mais ce jardin n’est pas seulement un lieu de contemplation ; il peut structurer l’espace urbain, réutiliser d’anciens sites militaires ou industriels, participer à de grands parcs publics et créer de nouvelles relations entre les habitants et leur environnement. L’histoire du jardin japonais rejoint ainsi les réflexions contemporaines sur la ville résiliente.
1. LES JARDINS DE PROMENADE AU JAPON
Le modèle de la promenade paysagère : des jardins de daimyō aux parcs publics
Le jardin de promenade s’appelle en japonais « kaiyū-shiki teien » (回遊式庭園). Lorsqu’un plan d’eau structure la composition, l’expression « chisen-kaiyū-shiki teien » (池泉回遊式庭園), littéralement jardin de promenade autour d’un étang, peut être employée.
Le principe essentiel est celui du déplacement. Le visiteur suit un chemin qui contourne ou traverse l’eau et rencontre successivement collines, cascades, îles, ponts, pavillons de thé et vues cadrées. Le jardin n’est donc pas destiné à être compris depuis un point unique. La marche, la contemplation depuis les bâtiments et parfois la promenade en bateau construisent progressivement l’expérience du paysage.
Ce modèle se développa particulièrement dans les domaines des daimyōs, les seigneurs féodaux de l’époque d’Edo. Des paysages célèbres de Chine ou du Japon pouvaient y être miniaturisés et recomposés : montagnes, rivières, îles et routes devenaient les éléments d’une géographie imaginaire parcourue par le visiteur.
1.1 JARDINS ARISTOCRATIQUES ET TRANSITION VERS L’ACCÈS PUBLIC
Les grands jardins de promenade furent longtemps réservés aux élites aristocratiques et féodales. Après la restauration de Meiji en 1868, de nombreuses propriétés passèrent sous contrôle impérial, préfectoral ou municipal et furent progressivement ouvertes au public. Un jardin peut ainsi avoir plusieurs siècles d’histoire, alors que son existence comme espace public est beaucoup plus récente.
Katsura-Rikyū à Kyōto

La villa impériale de Katsura, Katsura Rikyū (桂離宮), constitue l’un des exemples majeurs du jardin de promenade du début de l’époque d’Edo. Sa création commença au XVIIe siècle sous le prince Hachijō Toshihito et se poursuivit avec son fils Toshitada. Sur environ 5,8 hectares, résidence et jardin s’organisent autour d’un vaste étang aux contours irréguliers. La végétation, les îles et les avancées de terrain empêchent d’en saisir immédiatement l’ensemble. Des ponts de pierre ou de bois et des pas japonais ponctuent le parcours et, depuis les différents pavillons de thé, l’on est invité à observer le paysage sous des angles et à des hauteurs différents.
Katsura exprime parfaitement le principe du jardin de promenade : le paysage ne se révèle pas d’un seul regard, mais se construit progressivement par le déplacement.
Intégré au patrimoine de la Maison impériale en 1883, le domaine reste aujourd’hui propriété impériale et sa visite demeure réglementée.
Suizen-ji à Kumamoto

Suizen-ji Jōju-en (水前寺成趣園) fut aménagé à partir de 1632 par Hosokawa Tadatoshi, seigneur du domaine de Kumamoto. La présence d’une source alimentée par les eaux souterraines du mont Aso fut déterminante dans le choix du site. Autour du grand plan d’eau se développe un paysage artificiel évoquant différents sites célèbres.
Son élément le plus reconnaissable est la petite colline conique qui représente le Mont Fuji. D’autres compositions sont associées aux paysages du Tōkaidō, l’ancienne route reliant Kyoto à Edo. L’eau constitue un véritable fil conducteur du jardin ; ponts et pas japonais permettent de changer de rive ou de traverser les parties peu profondes. La promenade alterne ainsi chemins terrestres, franchissements de l’eau et points de vue sur des paysages miniaturisés.
Après la disparition du système féodal, le jardin fut progressivement ouvert au public à la fin du XIXe siècle.
Koishikawa Kōraku-en à Tōkyō

Commencé en 1629 par Tokugawa Yorifusa puis développé par son fils Tokugawa Mitsukuni, Koishikawa Kōraku-en (小石川後楽園) constitue une véritable géographie culturelle en miniature.
Le grand plan d’eau Dai-sensui (大泉水) évoque notamment le lac Biwa (琵琶湖) et Seiko-no-tsutsumi (西湖の堤) rappelle la chaussée du lac de l’Ouest à Hangzhou. Le visiteur rencontre également des paysages inspirés du chemin du Kiso, d’Arashiyama et du Mont Fuji. Quelques minutes de marche permettent ainsi de voyager symboliquement entre plusieurs régions et plusieurs traditions paysagères.
Autrefois beaucoup plus étendu, le jardin couvre aujourd’hui environ sept hectares au cœur de Tokyo. Il fut ouvert au public en 1938.
Kōraku-en à Okayama

Commandé en 1687 par Ikeda Tsunamasa et largement achevé vers 1700, Kōraku-en (後楽園) couvre environ treize hectares face au château d’Okayama.
Contrairement à de nombreux jardins japonais aménagés avec une végétation dense, il se caractérise par de vastes pelouses ouvertes. La colline artificielle Yuishinzan (唯心山) offre une vue très panoramique sur le jardin. Le vaste réseau de canaux, ruisseaux et bassins accompagne les différents parcours. Le domaine associait également paysage d’agrément et activités productives : rizières, plantations de thé et vergers faisaient partie de la composition. L’agriculture participait ainsi à la représentation d’un paysage idéal.
En 1884, la famille Ikeda transféra Kōraku-en à la préfecture d’Okayama et l’ancien domaine seigneurial devint jardin public.
Higo-Hosokawa Teien à Tōkyō

Higo-Hosokawa Teien (肥後細川庭園) appartenait à l’origine à l’univers des résidences de daimyō d’Edo. Le site passa entre plusieurs familles avant d’être associé aux Hosokawa, également propriétaires de Suizen-ji à Kumamoto.
Son grand plan d’eau est alimenté par les sources provenant du plateau de Mejirodai. Le relief est particulièrement important : la pente boisée donne au jardin une profondeur visuelle bien supérieure à ses dimensions réelles.
Acquis par le gouvernement métropolitain de Tokyo en 1960, le site fut ouvert au public en 1961.
Kairaku-en à Mito

Fondé en 1842 par Tokugawa Nariaki, neuvième seigneur du domaine de Mito, Kairaku-en (偕楽園) constitue une exception remarquable. Son nom signifie « jouir ensemble » et Nariaki autorisa les gens ordinaires à y accéder certains jours, disposition inhabituelle pour un jardin de daimyō.
Le jardin est particulièrement célèbre pour ses quelque 3 000 pruniers appartenant à une centaine de variétés. Leurs floraisons blanches, roses et rouges s’échelonnent sur plusieurs semaines à la fin de l’hiver.
À Kairaku-en, l’accès à la population n’est donc pas la conséquence tardive de la transformation d’un domaine féodal en parc public : cette dimension collective appartenait déjà au projet du XIXe siècle.
1.2 JARDINS RECENTS : LA TRADITION DANS UN CADRE PLUS VASTE
Les jardins-parcs de l’époque moderne
Au XXe siècle apparaît une nouvelle situation. Le jardin japonais peut devenir une composante spécifique d’un grand parc urbain associant loisirs, sport, culture et nature.
Shinjuku Gyoen à Tokyo


Shinjuku Gyoen (新宿御苑) illustre remarquablement les échanges entre le Japon et l’Europe. Ancienne propriété du clan Naitō, puis domaine gouvernemental et impérial, le site fut profondément transformé au début du XXe siècle.
L’horticulteur japonais Hayato Fukuba (1856-1921), qui avait suivi des études à l’Ecole nationale d’horticulture de Versailles, sollicita son professeur Henri Martinet (1867-1936) pour concevoir un nouveau parc à Tokyo. Le projet associait trois grandes composantes : un jardin paysager de style anglais, un jardin régulier français et un jardin japonais traditionnel. Les grands travaux furent conduits de 1902 à 1906.
Sur près de 58 hectares, Shinjuku montre que les influences paysagères n’ont jamais circulé dans un seul sens. Au moment où l’Europe découvrait et réinterprétait le jardin japonais, le Japon intégrait lui-même des modèles européens.
Après la Seconde Guerre mondiale, le domaine perdit son caractère exclusivement impérial et fut ouvert au public en 1949.
Ōhori Kōen à Fukuoka


Ōhori Kōen (大濠公園) fut créé en 1929 autour d’une vaste étendue d’eau correspondant historiquement à une partie du système défensif du château de Fukuoka.
Le parc est aujourd’hui l’un des grands espaces de loisirs de la ville. Pour le cinquantième anniversaire du parc, il fut décidé de créer un jardin japonais. Ce jardin d’environ 1,2 hectare fut conçu par Kinsaku Nakane (中根金作) et ouvert au public en 1984.
De dimensions modestes, il contraste volontairement avec le vaste parc environnant et offre un espace contemplatif. Une intervention contemporaine renouvelle encore son paysage : Ōhori Mugen (大濠霧幻), une brumisation artificielle fonctionnant par cycles de dix minutes, qui transforme temporairement la perception de l’étang. Les îles puis l’arrière-plan disparaissent progressivement ; seuls quelques pins peuvent rester visibles dans la brume, comme dans une peinture à l’encre, avant que le paysage ne retrouve sa profondeur et ses couleurs.
Shirotori Teien à Nagoya


Shirotori Teien (白鳥庭園) occupe environ 3,7 hectares sur un ancien secteur lié au stockage du bois.
Aménagé dans les années 1980 et ouvert complètement en 1991, il participa à la création d’une nouvelle identité paysagère pour cette partie de Nagoya.
Sa composition transpose symboliquement la géographie régionale : le relief représente le Mont Ontake, l’eau qui en descend évoque la rivière Kiso et le grand bassin final représente la baie d’Ise. Le visiteur suit ainsi métaphoriquement le parcours de l’eau depuis la montagne jusqu’à la mer.
Shōwa Kinen près de Tokyo


Kokuei Shōwa Kinen Kōen (国営昭和記念公園) fut ouvert en 1983 sur une partie de l’ancienne base aérienne américaine de Tachikawa. Cet immense parc d’environ 180 hectares accueille familles, cyclistes, activités nautiques, pique-niques et grands événements saisonniers.
Le jardin japonais, occupant environ six hectares, ne fut ouvert qu’en 1997. Étang, cascades, îles, ponts, pierres et maison de thé y recréent une atmosphère beaucoup plus calme et intime.
Ce contraste est particulièrement intéressant : au sein d’un grand parc multifonctionnel, le jardin japonais devient une séquence spécifique consacrée à la promenade lente, à la contemplation et à la culture traditionnelle.
2. LES JARDINS D’INSPIRATION JAPONAISE EN FRANCE
En France, les jardins japonais sont généralement beaucoup plus récents. Après quelques initiatives privées, ils sont essentiellement le résultat de la volonté des municipalités, à leurs jumelages, aux échanges culturels ainsi qu’à des opérations de renouvellement urbain.
Le modèle japonais est rarement reproduit littéralement ; végétation locale, climat, matériaux disponibles, histoire du site et objectifs municipaux transforment nécessairement la composition.

2.1 L’expérience pionnière
Jardin d’Albert Kahn à Boulogne-Billancourt


À partir de la fin du XIXe siècle, le banquier Albert Kahn constitua entre 1895 et 1910, sur environ quatre hectares, un exceptionnel « jardin de scènes » ; un jardin français, un jardin anglais, une forêt bleue, une forêt vosgienne et un paysage japonais y coexistent. Deux maisons japonaises furent transportées du Japon et remontées dans la propriété. Elles constituent aujourd’hui des témoignages remarquables de cette première période.
Dans les années 1980 et 1990, le paysagiste Fumiaki Takano réalisa une nouvelle composition japonaise utilisant eau, relief, pierres et végétation pour évoquer symboliquement la vie et l’idéal humaniste de Kahn. L’initiative était privée, mais le domaine est aujourd’hui un espace patrimonial, culturel et public au sein de la métropole parisienne.
2.2 Les jardins d’initiative municipale des années 1980 à nos jours
Jardin Pierre-Baudis à Toulouse


Le Jardin japonais Pierre-Baudis illustre au contraire le modèle municipal. Imaginé au début des années 1980, il fut aménagé dans le parc de Compans-Caffarelli sur le site d’anciennes casernes démolies transformé en grand parc public.
La conception du jardin japonais a été de revendiquer sa référence à la Villa impériale de Katsura. Étang, pavillon d’observation, relief, cheminements sinueux et jardin sec réunissent dans un espace relativement limité plusieurs composantes caractéristiques du paysage japonais.
Jardin japonais de l’Île de Versailles à Nantes


L’Île de Versailles est une île artificielle de l’Erdre autrefois occupée notamment par des activités artisanales et liées à la construction navale. Après le déclin de ces activités, Nantes acquit le site en 1983.
Le projet proposé par une équipe d’architectes, urbanistes et paysagiste fut de transformer le site en jardin d’inspiration japonaise. La situation insulaire se prêtait particulièrement bien à cette transformation : l’eau de l’Erdre pénètre dans le jardin et participe directement à la composition. Rochers, cascades, cheminements et bâtiments créent une succession de tableaux. Le principe du miegakure (見え隠れ), le « caché-révélé », organise les perceptions : le paysage apparaît et disparaît au fil du parcours.
Le jardin comporte également un jardin sec, « kare-san-sui » (枯山水) dans le pavillon d’animation au centre du jardin.
Malgré ses dimensions modestes, l’Île de Versailles accueille une fréquentation considérable et constitue un remarquable exemple de reconversion paysagère d’un ancien site d’activité économique.
Jardin japonais du Parc du Suzon à Dijon


Le jardin japonais de Dijon résulte des relations entre Dijon et Koshigaya, dans la préfecture de Saitama.
Créé autour de 1990 sur environ 5 500 m², il s’inscrit dans la promenade du Suzon, vaste coulée verte du nord de la ville.
Son succès a conduit à une importante extension portant l’ensemble à environ un hectare. Ce nouveau projet, né de la collaboration entre l’entreprise Grimaldi Jardins Paysages et le maître jardinier Masao Sone (曽根正雄) dut réalisé entre 2025 et 2026. Le nouvel aménagement comporte notamment une évocation miniature du mont Fuji.
Plus de trente ans après sa création, un jardin né d’une relation internationale ponctuelle est ainsi devenu une composante durable de l’infrastructure verte municipale.
Jardin japonais du Parc de l’Amitié à Rueil-Malmaison


Créé en 1989, le jardin japonais du parc de l’Amitié s’inscrit dans les relations de Rueil-Malmaison avec Tōgane, dans la préfecture de Chiba.
Deux représentations très différentes du jardin japonais y coexistent. La première associe petit plan d’eau, nénuphars, lanterne de pierre et pont rouge en arc. La seconde utilise le vocabulaire du jardin sec : gravier et groupes de pierres font explicitement référence au célèbre Ryōan-ji (龍安寺) de Kyoto.
Sur une surface réduite sont donc réunies deux images du Japon particulièrement reconnaissables par le public européen : le jardin d’eau et le jardin sec.
Jardin japonais du Parc Saint-Mitre à Aix-en-Provence


Le jardin « Un air de Kumamoto », ouvert en 2021, couvre environ 6 500 m² dans le parc Saint-Mitre. Sa création est liée au jumelage entre Aix-en-Provence et Kumamoto.
Le paysage s’organise autour de l’eau, accompagnée de rochers, de variations de relief et d’une petite évocation du mont Fuji. Un bâtiment inspiré du théâtre nô permet également d’accueillir des manifestations culturelles.
Mais le modèle japonais n’est pas simplement copié. Le climat provençal impose notamment des végétaux capables de supporter des étés chauds et secs. Cette adaptation est essentielle : elle montre comment une référence paysagère japonaise peut évoluer pour répondre aux contraintes écologiques d’un autre territoire.
3. LES JARDINS D’INSPIRATION JAPONAISE EN ALLEMAGNE
Une autre histoire institutionnelle
En Allemagne, l’histoire institutionnelle est quelque peu différente. Les jardins japonais ont fréquemment été associés aux dons diplomatiques, aux jumelages et surtout aux grandes expositions horticoles ou floralies : « Bundesgartenschau » ou « Landesgartenschau ».
Leur réalisation fait également régulièrement intervenir des professionnels japonais. Cela ne signifie pas qu’ils soient nécessairement plus « authentiques », mais que les conditions de leur création diffèrent souvent de celles des jardins municipaux français.

3.1 L’initiative de Carl-Duisberg à Leverkusen


Le jardin japonais de Leverkusen, aujourd’hui dénommé Carl-Duisberg Park, trouve son origine dans l’initiative privée de Carl Duisberg, directeur de Farbenfabriken Friedrich Bayer & Co. Après son voyage autour du monde de 1926, qui le conduisit notamment au Japon, Duisberg enrichit considérablement son jardin de pavillons, lanternes, sculptures et autres éléments d’inspiration extrême-orientale.
Le jardin fut ensuite déplacé et agrandi à son emplacement actuel à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Sa situation est aujourd’hui singulière : ce paysage de calme et de contemplation se trouve directement associé au vaste environnement industriel de Bayer et du Chempark. Il rappelle que l’histoire des jardins japonais en Europe ne commence pas avec les jumelages de l’après-guerre.
3.2 Les jardins des « floralies », cadeaux diplomatiques ou fruits de jumelages
Jardin japonais à Düsseldorf


Le jardin japonais du Nordpark fut commencé en 1974 et inauguré en 1975. Conçu par le paysagiste japonais Iwaki Ishiguro, il fut offert à la ville par la communauté japonaise et les entreprises japonaises implantées à Düsseldorf. Ishiguro ne chercha pas à copier un jardin existant au Japon mais conçut un paysage spécifiquement adapté au site.
Un ruisseau rejoint l’étang ; petite île, pins noirs taillés, érables japonais, lanternes et pagode de pierre structurent le parcours.
Ce jardin n’est pas isolé derrière une enceinte : il reste largement ouvert sur le Nordpark. Cette continuité avec le grand parc environnant constitue l’une de ses caractéristiques essentielles.
Jardin japonais à Bonn


Le jardin japonais de la Rheinaue fut offert par le gouvernement japonais et inauguré pendant la Bundesgartenschau de 1979.
Conçu par Akira Satō, il couvre environ 1,5 hectare dans un parc public d’environ 160 hectares. Deux cascades alimentent un plan d’eau entouré de rochers et de plantations. Une pagode de pierre à treize niveaux constitue l’un des principaux repères verticaux.
Contrairement à Düsseldorf, le jardin est nettement délimité par son enceinte et ses accès. Le visiteur pénètre donc dans un espace paysager spécifique à l’intérieur de la vaste Rheinaue. Le jardin associe ainsi échange diplomatique, exposition horticole et infrastructure durable de parc public.
Jardin japonais à Munich


Le jardin japonais du Westpark appartient à un ensemble de références asiatiques associé à l’ »Exposition horticole internationale » (IGA) de 1983. À proximité se trouvent également un jardin chinois, une pagode népalaise et une sala thaïlandaise. Le jardin japonais reste directement intégré au Westpark, grand espace public, et librement accessible.
Son aménagement constitua un don de la ville de Sapporo. Il reprend les codes de l’époque Heian (794-1185). Le cas de Munich montre ainsi une autre dimension de la résilience paysagère afin de conserver ce jardin dans des conditions propices à la contemplation.
Jardin japonais à Fribourg-en-Brisgau


Le jardin japonais du Seepark à Freiburg-im-Breisgau couvre environ 3 600 m². Conçu par Yoshintōri Tokumoto, il fut offert dans le cadre des relations entre Fribourg-en-Brisgau et Matsuyama.
Le Seepark lui-même s’était développé sur le site d’une ancienne gravière et fut profondément réaménagé pour la « Landesgartenschau » de 1986.
Le jardin japonais, réalisé entre 1989 et 1990, ajoute donc une nouvelle strate à cette transformation. L’histoire du lieu peut se lire successivement comme celle d’un site d’extraction, d’un grand parc public puis d’un espace enrichi par une relation internationale.
Jardin U-Raku-en à Trèves


U-Raku-en fut réalisé sur le Petrisberg dans le contexte de la Landesgartenschau de 2004.
Le jardin japonais n’était pas isolé : plusieurs espaces de l’exposition faisaient référence à différentes villes partenaires et cultures étrangères.
U-Raku-en représentait Nagaoka (長岡) et, à travers elle, le Japon. Conçu par l’architecte japonais Suzuki Shigeichi, il réunissait plusieurs traditions : jardin sec, jardin de thé et jardin de promenade. L’eau, les pierres, les plantations et les cheminements composaient une succession de petites scènes plutôt qu’une vue globale immédiate.
Le Petrisberg montre ainsi comment une exposition horticole temporaire peut devenir le moteur d’une transformation urbaine durable.
CONCLUSION :
Trois traditions paysagères : Japon – France – Allemagne
Au Japon, le jardin de promenade est né principalement comme paysage aristocratique. Les daimyōs y mettaient en scène des paysages idéalisés et organisaient le déplacement du visiteur à travers une succession de scènes. Beaucoup de ces jardins sont ensuite devenus publics, tandis que le XXe siècle a vu apparaître des jardins japonais intégrés à de grands parcs modernes.
En France, après quelques initiatives privées comme celle d’Albert Kahn à Boulogne-Billancourt ou d’Alexandre Marcel à Maulévrier, les projets municipaux occupent une place essentielle. Jumelages et renouvellements urbains constituent deux moteurs importants : ancienne caserne à Toulouse, île autrefois artisanale à Nantes, coulée verte à Dijon.
En Allemagne, les dons diplomatiques, les jumelages et les grandes expositions horticoles jouent un rôle particulièrement important. Düsseldorf, Bonn, Munich et Fribourg montrent comment le jardin japonais peut s’inscrire dans la création ou la transformation de grands parcs publics.
Intérêt des jardins japonais pour des villes résilientes
Ces exemples montrent d’abord que les espaces verts peuvent émerger de territoires extrêmement différents : domaines aristocratiques, sites militaires ou industriels, anciennes gravières et îles urbaines. Ils montrent également qu’un jardin japonais relativement petit peut remplir une fonction particulière au sein d’un parc beaucoup plus vaste.
Le grand parc accueille activités collectives, loisirs et déplacements ; le jardin japonais offre une expérience plus lente, contemplative et attentive aux saisons. La résilience urbaine dépend aussi de la capacité à créer des lieux appréciés, fréquentés et entretenus dans la durée.
Portée du transfert du modèle japonais en Europe
Le transfert du jardin japonais ne produit jamais une reproduction parfaitement identique. Les plantes disponibles, le climat, les matériaux, l’histoire du site, les politiques municipales et les attentes du public transforment nécessairement le modèle. Cette capacité d’adaptation constitue précisément l’un de ses intérêts.
Le jardin japonais peut être transféré et hybridé tout en conservant certains principes fondamentaux : relation entre mouvement et paysage, importance de l’eau et des pierres, succession des vues, changement saisonnier et invitation au repos et la contemplation.
La comparaison entre Japon, France et Allemagne ne révèle donc pas un modèle unique de jardin urbain résilient. Elle montre plutôt comment une tradition paysagère ancienne peut être au fil des siècles réinterprétée et devenir une composante vivante de l’infrastructure verte de la ville contemporaine.
Mise à jour 29 septembre 2026