
SOMMAIRE
Description
À l’est de Kyōto 京都, légèrement en marge du Chemin des Philosophes, « Tetsugaku no michi » 哲学の道 et au pied des collines boisées de Higashiyama 東山, se situe le temple Hōnen-in 法然院. Le site doit son nom au moine Hōnen 法然 (1133–1212), fondateur de l’école bouddhique Jōdo-shū 浄土宗. Après une longue période d’abandon, le temple fut rétabli en 1680 à l’initiative de Banbu 萬無 (1607–1681), trente-huitième supérieur du Chion-in 知恩院. Les premiers bâtiments furent achevés en 1681. De nos jours, le temple est devenu indépendant du Jōdo-shū.
L’approche constitue déjà une séquence paysagère. Depuis le chemin des Philosophes, une montée sous les arbres éloigne progressivement le visiteur de la ville. Le chemin rejoint des marches de pierre conduisant à la porte principale, « sanmon » 山門. Avec son toit de chaume recouvert des mousses, cette porte s’intègre parfaitement dans la végétation forestière.
Derrière la porte, deux terrasses rectangulaires de sable, aux côtés inclinés, encadrent l’allée : les « byakusadan » 白砂壇, littéralement « terrasses de sable blanc ». Elles mesurent approximativement sept mètres sur trois, pour une hauteur de quelques dizaines de centimètres. Ces buttes symbolisant l’eau et marquent un passage purificateur : traverser l’espace qui les sépare permet de nettoyer symboliquement son corps et son esprit avant d’entrer dans l’enceinte sacrée. Les dessins renouvelés sur leur surface associent des mouvements de l’eau et des motifs saisonniers. En effet, au long de l’année, l’on peut ainsi observer en mars des pétales de cerisier flottants, « hanaikada » 花筏, « radeaux de fleurs » ; en avril, des pousses de fougères enroulées ; en mai, de jeunes feuilles ; puis des ondes et des gouttes d’eau ; en août, de longues courbes qui évoquent les méandres d’une rivière ; en septembre apparaît parfois « tsukikage » 月影, le reflet de la lune sur l’eau et en automne, des feuilles de ginkgo et d’érable.
Au-delà, le bassin de libération des êtres vivants, hōjō-ike 放生池, introduit l’eau réelle après sa représentation dans le sable. Entouré de mousses et d’érables, il aurait été agrandi à l’époque Taishō (1912–1926).
Plus loin et dans un espace retiré, le jardin du pavillon de l’abbé, hōjō teien 方丈庭園, se contemple depuis le bâtiment lors des ouvertures spéciales. Alimenté par la source Zenki-sui 善気水, il comporte trois pierres, « sanson-seki » 三尊石, se référant au bouddha Amida et deux bodhisattvas.
Une petite cour autrefois appelée jardin des camélias, « tsubaki no niwa » 椿の庭, accueille depuis 2023 Kū no kawa 空の川, « Rivière du vide » ou « Empty River » en anglais, création de l’architecte paysagiste américain Marc Peter KEANE (né en 1958). Trois vieux camélias ont été conservés. Entre leurs troncs serpente une étroite rivière noire, composée de petits morceaux de charbon de bois, qui tranche sur un mélange de graviers bruns et blancs. KEANE réinterprète le jardin sec, « karesansui » 枯山水, à travers le cycle du carbone. Cet élément constitue l’ossature des molécules organiques du vivant. Les plantes absorbent le carbone du dioxyde de carbone atmosphérique par photosynthèse ; celui-ci circule ensuite dans les chaînes alimentaires et retourne notamment à l’environnement par la respiration et la décomposition. Le matériau employé est donc bien du charbon de bois, riche en carbone : il donne une présence tangible à cette circulation habituellement invisible.
À la manière d’un poème, le jardin concentre une idée vaste dans quelques éléments. La rivière immobile évoque une nature en transformation permanente. Dans l’interprétation de KEANE, « kū » 空, la vacuité, désigne l’absence d’existence permanente et indépendante : chaque être participe à un réseau d’interactions. Le charbon, les camélias vivants et leurs fleurs tombées invitent ainsi à contempler les échanges de matière qui relient les êtres et leur environnement.
Galeries de photographies
Le chemin menant au temple.




Les terrasses de sable blanc.




Détails des terrasses de sable blanc.




Les différents espaces du temple.


















Le jardin entre le « hōjō » et la colline










Le jardin « Rivière du vide »
Texte affiché devant le jardin
« Toutes les choses dans le monde interagissent constamment entre elles. La somme de ces diverses interactions est ce que nous appelons «nature». Parce que tout est en flux constant, le monde est vide de toute existence permanente.
Un exemple classique de ce flux dans la nature est le cycle du carbone. Par exemple, le carbone est capturé dans l’air par les plantes, qui sont à leur tour mangées par les insectes, qui sont mangés par les animaux, qui restituent le carbone à l’air lorsqu’ils expirent.
«Rivière du vide» crée une expression physique du cycle invisible du carbone à travers une rivière de charbon de bois pur. »
Conception : Marc Peter Keane












Références bibliographiques
-
- Le livre secret des jardins japonais, Pierre et Suzanne RAMBACH, Albert Skira Editeur, 1973 : p. 116
- Le jardin japonais, Imtraud SCHAARSCHMIDT-RICHTER, Office du Livre, 1979 : p. 118 et 120
- Invitation to Kyoto Gardens, Kenzo YAMAMOTO, Suiko Books, 1989 : p. 14 et 55
- Le jardin japonais, Günter NITSCHKE, Taschen, 1999 : p. 239
- Gardens in Kyoto, Katsuhiko MIZUNO 水野克比古, Suiko Books, 2002 : p. 73
- Invitation to Tea Gardens, Kyoto’s Culture Enclosed, Preston L. HOUSER – Mizuno KATSUSHIKO, Suiko Books, 1992 : p. 32 et 71
- The Courtyard Gardens of Kyoto, Katsuhiko MIZUNO 水野克比古, Suico Books, 19996 : p. 37
- The Gardens of Kyoto, Karesansui, Photographs : Kenzo YOKOYAMA, Seigensha Art Publishing, 2008 : p. 55-57 et 136
- Japanese Gardens, Tranquility Simplicity Harmony, Geeta K MEHTA et Kimie TADA, Tuttle, 2008, p. 30-35
- Jardins japonais, Danielle ELISSEEFF, Nouvelles éditions Scala, 2010, p. 116-119
- Kyoto Gardens, Masterworks of japanese gardener-s art, Judith CLANCY, Tuttle, 2014 : p. 42-45
- Japon, Le Guide Vert, Michelin, 2015 : p. 386
- Japon, Lonely Planet, 6ème édition, 2017 : p. 334
- Le jardin japonais, Sophie WALKER, Phaidon, 2017 : p. 36-39
- Japanese Gardens : Kyoto, PIE International, 2019 : p. 12 et 107
- 100 japanese gardens, Stephen MANSFIELD, Tuttle, 2019 : p. 38-39
Lien externe
Vous trouverez quelques informations pratiques sur le site de Japan Expérience.
Mise à jour : 20 octobre 2026