
SOMMAIRE
Description
À l’est du palais impérial de Kyōto, Kyōto Gosho 京都御所, le temple Rozan-ji 廬山寺 occupe un site particulièrement lié à la littérature japonaise. Fondé en 938 par Ryōgen 良源, également appelé Ganzan Daishi 元三大師, le temple fut transféré à son emplacement actuel en 1573. Le site correspond traditionnellement à l’emplacement de la résidence de Murasaki Shikibu 紫式部, née vers 973 et morte vers 1014, où elle aurait vécu une grande partie de sa vie et rédigé une grande partie du Genji monogatari 源氏物語, connu sous le titre « Le Dit du Genji ». La composition de cette œuvre majeure de la littérature japonaise est généralement située autour de 1008.
Le jardin situé devant le hondō 本堂 porte le nom de Genji-tei 源氏庭, « jardin de Genji ». Aménagé en 1965, il traduit en termes paysagers l’atmosphère attribuée aux jardins aristocratiques de l’époque Heian. Sa composition est celle d’un petit jardin sec, karesansui 枯山水 ; la vaste surface de sable blanc est traversée par de larges formes de mousse aux contours souples. Il ne s’agit non d’un paysage miniature constitué de sable et de rochers, mais d’une composition horizontale où le vide constitue l’élément dominant. Les plages de mousse, principalement composées de sugi-goke 杉苔, dessinent des formes arrondies et allongées qui évoquent les nuages stylisés de la peinture japonaise. Elles sont interprétables comme les « nuages de Genji », Genji-gumo 源氏雲, qui sont des motifs décoratifs récurrents dans l’iconographie inspirée du « Le Dit du Genji ». Le contraste entre le blanc du sable et le vert profond de la mousse donne au jardin une structure particulièrement lisible et une grande luminosité.
La floraison des kikyō 桔梗, Platycodon grandiflorus, constitue l’élément végétal le plus caractéristique. Entre juin et septembre, leurs fleurs bleu-violet émergent des îlots de mousse ; le temple en compte environ 1 500 à 2 000. Leur présence possède une signification littéraire précise. Dans le « Le Dit du Genji », le personnage féminin appelé Asagao 朝顔 porte un nom qui signifie littéralement « fleur du matin ». Cette asagao est traditionnellement identifiée à la kikyō dans l’interprétation du jardin de Rozan-ji. La campanule à grandes fleurs devient ainsi un lien direct entre la végétation du jardin et l’univers littéraire de Murasaki Shikibu.
On trouve aussi comme particularité au jardin un arbuste tachibana 橘, Citrus tachibana, petit agrume persistant, aux feuilles vert foncé et brillantes, produisant de petits fruits ronds jaune-orangé à maturité. Sa présence rappelle le tachibana placé traditionnellement à droite devant les résidences et palais aristocratiques de la cour. Cet arbuste constitue aussi une référence végétale particulièrement directe à l’univers de la cour de Heian et au monde du « Le Dit du Genji ».
Les pins participent également à l’environnement paysager du temple, mais le kuro-matsu 黒松, Pinus thunbergii, le plus remarquable, se trouve non dans le jardin du Genji mais à l’est du hondō, près de Kumomizu no I 雲水ノ井. Cet arbre est associé au poème de la pièce de théâtre Tōhoku 東北, inspirée d’un poème de Ono no Michikaze 小野道風, ami de l’arrière-grand-père de Murasaki Shikibu. Le pin, avec son tronc sombre et ses branches persistantes largement étalées, introduit dans l’enceinte une dimension arborée monumentale au site.
L’intérêt de Rozan-ji réside ainsi dans la précision avec laquelle quelques végétaux suffisent à construire une mémoire littéraire. Le sable blanc, les courbes de mousse, les kikyō, le tachibana et les pins composent un paysage volontairement réduit. Le jardin du Genji ne cherche pas à reconstituer un jardin de l’époque Heian, mais il en propose une évocation abstraite, dans laquelle les plantes deviennent des références au texte et où le jardin fonctionne comme une lecture paysagère du » Le Dit du Genji ».
L’aménagement du jardin de plantes médicinales à l’Université de Grenoble en France fait explicitement référence au jardin de Rozan-ji dans les formes des parterres et des zones de gravier.
Galeries de photographies
L’enceinte du temple face au Palais impérial.


La cour avant et ses pins.








Le jardin du Genji.



















Les petites cours latérales.





Références bibliographiques
- Gardens in Kyoto, Katsuhiko MIZUNO 水野克比古, Suiko Books, 2002 : p. 9
- Japanese Gardens : Kyoto, PIE International, 2019 : p. 83 et 88
Lien externe
Vous trouverez des informations pratiques en anglais sur le site de Japan Travel by Navytime.
Mise à jour : 27 août 2026