Au Japon et en dehors du Japon
Au Japon et en dehors du Japon

Shinsen-en

Pont de Hō-Jō et îlot central au jardin Shinsen-en

Description

Le jardin Shinsen-en 神泉苑 à Kyōto 京都 constitue aujourd’hui le vestige du vaste jardin impérial aménagé à la fin du VIIIᵉ siècle lors de la fondation de la capitale Heian-kyō 平安京. Ce jardin fut créé en 794 sur ordre de l’empereur Emperor Kanmu 桓武天皇, lorsque celui-ci décida de transférer la capitale impériale depuis Nara vers la nouvelle capitale de Heian-kyō. Situé immédiatement au sud du palais impérial de Heian, Daidairi 大内裏, il constituait une « kin’en » 禁苑, c’est-à-dire un jardin réservé à la cour impériale et inaccessible au peuple.

Le jardin originel était d’une taille exceptionnelle. Il occupait un rectangle d’environ quatre chō du nord au sud et deux chō d’Est en Ouest, soit approximativement 500 × 240 mètres, s’étendant de l’actuelle avenue Nijō-dōri à Sanjō-dōri. Au centre se trouvait un vaste étang paysager entouré de collines artificielles, de bosquets et de cours d’eau aménagés. Le jardin incorporait des éléments naturels préexistants : sources alimentant le bassin central, marécages et nappes d’eau provenant des infiltrations de la plaine alluviale de Kyōto.

Dans le jardin impérial étaient présents plusieurs pavillons et structures destinés aux loisirs de la cour : le pavillon principal Kenrin-kaku 乾臨閣, ainsi que des pavillons latéraux Sakyō et Ukyō, des pavillons de pêche, des pavillons de cascade et diverses galeries. Les empereurs et les nobles y organisaient des banquets, concerts de musique de cour, concours de poésie et promenades en barque sur l’étang. Des fouilles archéologiques ont révélé l’existence d’un canal d’alimentation reliant une source au bassin ainsi que les vestiges d’un débarcadère destiné aux bateaux cérémoniels, parfois ornés de proues en forme de dragon.

Le jardin était également un lieu de cérémonies religieuses. Dès le IXème siècle, on y célébrait des rites de prière pour la pluie destinés à conjurer les périodes de sécheresse. En 824, le moine Kūkai 空海 (774-835), fondateur de l’école ésotérique Shingon 真言宗, y invoqua la divinité dragon Zennyo Ryūō 善女龍王 venue du mythique lac Anavatapta en Inde, afin d’obtenir la pluie pour la capitale. Par la suite, Shinsen-en devint l’un des principaux lieux de rituels de pluie de la cour impériale.

Au fil des siècles, le site connut cependant un lent déclin. Des tempêtes et incendies endommagèrent les pavillons et les installations. Le tournant décisif eut lieu au début de l’époque Edo : lors de la construction du Château Nijō par le shogun Tokugawa Ieyasu 徳川家康 (1543-1616) en 1603, la majeure partie du jardin fut absorbée par le nouveau complexe castral. La source principale fut également dérivée pour alimenter les douves du château. Shinsen-en perdit alors près des neuf dixièmes de sa superficie et ne conserva que sa partie méridionale.

Le site fut néanmoins restauré au XVIIème siècle par plusieurs personnalités, notamment le moine Kaiga Shōnin 快我上人 et le seigneur Katagiri Katsumoto 片桐且元 (1556-1615), qui réorganisèrent le domaine et y établirent un temple dépendant du grand monastère Tō-ji appartenant à l’école Shingon. Le jardin prit alors progressivement la forme réduite que l’on connaît aujourd’hui.

Dans la culture de Kyoto, Shinsen-en est également célèbre pour avoir été le théâtre d’événements historiques et légendaires. Des rituels destinés à arrêter les épidémies y furent célébrés en 869, cérémonie considérée comme l’origine du festival Gion Matsuri. Le jardin est aussi associé à la légende de la danse de la courtisane Shizuka Gozen, dont la prière pour la pluie aurait fait tomber une pluie abondante après une longue sécheresse.

Le jardin actuel s’organise autour de l’étang Hōjōju-ike 法成就池, ce qui signifie « l’étang où les vœux se réalisent ». Ce bassin constitue l’élément central du paysage. Sa surface relativement étendue reflète les arbres environnants et rappelle, à une échelle réduite, l’ancien étang impérial.

Le pont rouge vermillon Hōjō-bashi 法成橋 traverse l’étang et relie la rive à un petit îlot central. Ce pont légèrement arqué constitue l’axe visuel majeur du jardin. Sa couleur rouge, typique des sanctuaires shinto, se détache fortement de la surface sombre de l’eau et de la végétation environnante.

Au centre de l’îlot se trouve le sanctuaire Zennyo Ryūō-sha 善女龍王社 dédié à la divinité dragon de la pluie invoquée par Kūkai. Dans la cosmologie bouddhique, ce dragon est considéré comme un gardien des eaux célestes et un dispensateur de pluie bienfaisante. Sa présence au cœur du bassin renforce le symbolisme aquatique du jardin : l’étang devient l’image d’un lac sacré habité par la divinité.

Autour du bassin se trouvent également plusieurs petits sanctuaires secondaires. Parmi eux figure Benten-sha 弁天社, dédié à la déesse Benzaiten, divinité associée à l’eau et à la musique. On y trouve aussi le sanctuaire Ehō-sha 恵方社.

La végétation contribue fortement à l’atmosphère du lieu. Des saules pleureurs, des pins noirs, « kuromatsu » 黒松, et des érables japonais, « momiji » 紅葉, bordent l’étang et se reflètent dans l’eau. Au printemps, les cerisiers, « sakura » 桜, ajoutent une dimension saisonnière au paysage, tandis que l’automne se caractérise par les couleurs flamboyantes des érables.

Aujourd’hui, bien que très réduit par rapport à sa dimension originelle, le jardin Shinsen-en constitue l’un des plus anciens jardins historiques de Kyōto encore visibles. Il est considéré comme un témoignage précieux du paysage de la capitale impériale de l’époque Heian et a été classé site historique national du Japon, « kuni shitei shiseki » 国指定史跡, en 1935.

Le nom « Shinsen-en » 神泉苑 est composé de « shin » 神 signifiant « sacré », de « sen » 泉 signifiant « source » et de « en » 苑 signifiant « jardin » ; le nom du jardin peut donc être traduit par « jardin à la source sacrée »,  évoquant ainsi les résurgences d’eau naturelle qui alimentaient l’ancien étang impérial et qui ont donné naissance à l’un des paysages les plus anciens de Kyōto.

En 2018, un bateau décoratif à proue de dragon, « ryūsen » 龍船 ou « bateau-dragon », était amarré sur l’étang Hōjōju-ike. Cette embarcation rappelait les bateaux cérémoniels utilisés autrefois pour les promenades, « funa-asobi » 舟遊び ou « divertissement en bateau », de la cour impériale à l’époque de Heian-kyō. Le bateau aurait été retirée pour que le bassin soit vidé pour la première fois depuis plus d’un demi-siècle afin de restaurer ses berges de l’étang.

Dessin

Copie de la représentation du jardin Shinsen originel tel que publié dans le Miyako Meisho Zue, sorte de guide illustré de la capitale Kyōto, en 1780.

Dessin du jardin japonais Shinsen-en initial tel que publié en 1870 dans le Miyako Meisho Zue par Clément Keller

Plans

Plan du jardin japonais Shinsen-en à Kyoto dessiné par Clément Keller avec échelle et orientation Nord
Plan du jardin Shinsen-en au Sud du château Nijō-jō

Photographies à l’été 2018

Entrée Sud du jardin appelé Shinsen du nom du temple bouddhiste Shinsen présent sur le site et marqué par un « torii » en pierre donnant accès au sanctuaire shinto Zennyo Ryūō.

Torii à l'entrée du sanctauaire central du jardin japonais Shinsen-en

Vues du pont vermillon Hōjō-bashi et du bateau-dragon décoré du même rouge vermillon.

Vues de l’étang Hōjōju-ike et de ses rives.

Photographies à l’automne 2025

Références bibliographiques

    • Gardens in Kyoto, Katsuhiko MIZUNO 水野克比古, Suiko Books, 2002 : p. 7
    • Japanese Gardens : Kyoto, PIE International, 2019 : p. 162-163 et 203

Lien externe

Vous trouverez des informations pratiques sur le jardin japonais Shinsen-en en anglais sur le site de Japan Experience.

 

Mise à jour : 11 mars 2026