
SOMMAIRE
Description
Le jardin Isui-en 依水園 à Nara 奈良 jouxte le jardin Yoshiki-en 吉城園.
Le site est organisé en deux espaces. La partie Ouest, Maeniwa 前園, anciennement occupée par un temple mineur du Kofuku-ji 興福寺, le Manishu-in, avait été achetée en 1670 par Kiyosumi Michikiyo 清須美道清 qui y construisit deux pavillons, le Sanshu-tei 三秀亭 et le Tei-shu-ken 挺秀軒, et restructura le jardin entre 1673 et 1681. La partie Est, Kōen 後園, a été aménagée à partir de 1899 par Seki Tojiro 関藤次郎, avec les conseils du maître de thé Maeda Zuisetsu 前田瑞雪, de l’école Urasenke 裏千家. La réalisation du jardin est attribuée au jardinier de Kyoto Hayashi Genbei 林源兵衛.
L’ensemble a été regroupé en 1939 par le marchand de Nara Junsaku Nakamura 中村準策 qui implanta en 1958, en bordure du jardin, le Musée Neiraku 寧楽美術館, destiné à présenter la collection familiale d’objets d’art anciens.
La partie ancienne, le Maeniwa 前園, offre au visiteur une atmosphère intime. Depuis le Sanshu-tei 三秀亭, le regard se porte sur une petite pièce d’eau dont les îlots évoquent la grue et la tortue, symboles de longévité. Les pierres de la berge et les lanternes contribuent à cette composition destinée à être contemplée depuis les pavillons autant que parcouru. Le Tei-shu-ken 挺秀軒, ancien pavillon de thé, possède notamment une fenêtre circulaire qui constitue l’un de ses éléments architecturaux remarquables.
Le contraste avec la partie du Kōen 後園 est particulièrement marqué. Après avoir traversé un passage étroit et boisé, le visiteur découvre soudain une vaste étendue dégagée autour du grand bassin. Cette opposition entre espace resserré et ouverture paysagère participe à la mise en scène du jardin. Le bassin adopte une forme évoquant le caractère 水, qui signifie « eau », et reçoit l’eau de la rivière Yoshiki-gawa 吉城川. Un ruisseau traverse ensuite le jardin avant de se jeter en cascade dans sa partie méridionale.
Au centre du bassin, les îlots et les cheminements constituent l’un des dispositifs les plus singuliers d’Isui-en. Le « sawa-watari » 沢渡り, passage constitué de pierres posées dans l’eau, utilise ici d’anciennes meules 挽臼石, réemployées comme pas japonais. Ces pierres rappellent indirectement l’ancienne activité liée au blanchissage de la toile de Nara, la Nara-zarashi 奈良晒, qui faisait la fortune des premiers propriétaires du domaine. L’usage d’objets utilitaires comme éléments de composition paysagère donne au jardin une dimension historique particulière.
Plusieurs vestiges anciens renforcent encore cette relation entre le jardin et l’histoire du lieu. Sur l’un des îlots sont conservés de grands blocs de pierre provenant des fondations d’un édifice de l’époque Tenpyō 天平. Ils rappellent que le terrain se trouvait autrefois sur le site du Seinan-in 西南院, dépendance de Tōdai-ji 東大寺. Le jardin intègre ainsi des éléments archéologiques sans chercher à les dissimuler : les pierres anciennes deviennent elles-mêmes des éléments du paysage.
Le parcours conduit également à la Suisha-goya 水車小屋, petite maison du moulin à eau, puis au Yagyū-dō 柳生堂, édifice provenant du Hōtoku-ji 芳徳寺, temple lié à la famille Yagyū 柳生. Le pavillon Hyōshin-tei 氷心亭 complète cet ensemble architectural. Ses matériaux comprennent notamment du bois ancien provenant du Shin-Yakushi-ji 新薬師寺, réemployé lors de sa construction à l’époque Meiji. Ces bâtiments ne sont donc pas de simples dépendances disposées autour du bassin : chacun participe à la succession des points de vue et à la mémoire historique du domaine.
La végétation joue un rôle important dans cette composition. Au printemps et au début de l’été, azalées, iris et iris d’eau accompagnent les rives ; en juin apparaissent notamment les nénuphars 睡蓮. En juillet, les lotus 蓮 prennent le relais sur l’étang, avec la variété Rin’ō-ren 輪王蓮, dont le nom de variété est précisément Isui-en 依水園. Les lotus introduisent alors dans la vaste surface d’eau une floraison verticale particulièrement expressive, tandis que les arbres et les arbustes encadrent les vues sur le paysage extérieur.
Mais la caractéristique majeure du Kōen 後園 est l’emprunt du paysage lointain « shakkei » 借景. En effet, le paysage intègre le toit du Nandaimon 南大門 du grand temple Tōdai-ji 東大寺, ainsi que les reliefs des montagnes Wakakusa-yama 若草山, Kasuga-yama 春日山 et Mikasa-yama 御蓋山. Le jardin ne se limite donc pas à son enceinte : ses plantations, son bassin et son relief artificiel sont organisés de manière à prolonger visuellement le paysage de Nara. Le rôle de Maeda Zuisetsu 前田瑞雪 dans la conception et celui de Hayashi Genbei 林源兵衛 dans la réalisation sont particulièrement importants pour comprendre cette organisation du jardin de l’époque Meiji.
Le domaine fait partie des sites paysagers les plus remarquables du Japon. Par la qualité de sa composition, qui associe deux jardins d’époques différentes et un remarquable usage du « shakkei », Isui-en 依水園 a été désigné en 1975 comme site pittoresque d’importance nationale, « meishō » 名勝 .
Le jardin a été classé 7ème au « Top 10 des jardins des villas du Japon » (voir l’article ici) par le site japonjardin.fr.
Photographies en été
Le jardin Isui-en dans sa partie basse.












La zone du moulin.








Le pavillon de thé Seisyu-an.








Photographies en automne
Photographies panoramiques de Jean KELLER.




Photographies en format vertical de Jean KELLER.
















Références bibliographiques
- The Garden Art of Japan, The Heibonsha Survey of Japanese Art, Volume 28, Masao HAYAKAWA, Weatherhill/Heibonsha, 1973 : p. 142 et 165
- Le jardin japonais, Günter NITSCHKE, Tashen, 1999 : p. 220-221
- L’art du jardin au Japon, Marc Peter KEANE, Editions Philippe Picquier, 1999 : p. 142
- Japanese Gardens of the Modern Era, Haruzo OHASHI, Graphic-sha, 2000 : p. 47-49 et 98
- Japon, Le Guide Vert, Michelin, 2015 : p. 426
- 100 japanese gardens, Stephen MANSFIELD, Tuttle, 2019 : p. 104-105
- Le fuzei dans les jardins du Japon, Claude LEFEVRE, Les éditions Ulmer, 2019 : p. 68 et 151
Lien externe
Vous pourrez mieux connaître ce jardin en consultant les différentes pages en anglais du propre site internet « Isuien Garden » en cliquant sur ce lien.
Mise à jour : 20 septembre 2026