
SOMMAIRE
Description
Le jardin du temple Mōtsū-ji 毛越寺 est situé au Sud-Est du centre actuel d’Hiraizumi 平泉, dans une plaine dominée à l’Ouest par les collines sacrées associées au temple Chūson-ji 中尊寺.
Le jardin constitue aujourd’hui l’un des plus importants exemples conservés de Jardin bouddhique de la Terre Pure, « Jōdo teien » 浄土庭園, du XIIe siècle.
Le temple aurait été fondé en 850 par le moine Ennin 円仁 (794–864), également connu sous son titre posthume Jikaku Daishi 慈覚大師. Ennin séjourna plusieurs années en Chine des Tang entre 838 et 847 afin d’étudier le bouddhisme ésotérique et les pratiques monastiques et, à son retour au Japon, joua un rôle majeur dans le développement du bouddhisme Tendai sur le mont Hiei-zan 比叡山 et dans le Nord du Japon.
Le temple fut ensuite développé par le clan des Ōshū Fujiwara, « Ōshū Fujiwara-shi » 奥州藤原氏. Sa création est principalement liée à Fujiwara-no-Motohira 藤原基衡(1105–1157, fils de Fujiwara-no-Kiyohira 藤原清衡 (1056–1128), fondateur de la puissance des Fujiwara du Nord. Motohira agrandit considérablement le précédent temple afin d’en faire un vaste complexe religieux inspiré de Kyōto 京都 et des idéaux bouddhiques de la Terre Pure.
À son apogée au XIIe siècle, le Mōtsū-ji formait un immense ensemble religieux comprenant plus de quarante bâtiments monastiques et plusieurs centaines de cellules de moines. Deux grandes salles principales dominaient le site : le Kondō 金堂 et l’Enryū-ji 円隆寺. Ces bâtiments étaient reliés par des galeries couvertes et s’ouvraient sur le vaste jardin de la Terre Pure. Les reconstitutions montrent une composition monumentale où les pavillons se reflétaient dans l’étang central, créant une image symbolique du paradis bouddhique d’Amida 阿弥陀. L’ensemble associait architecture, eau et reliefs artificiels dans une mise en scène destinée à évoquer la splendeur spirituelle de la Terre Pure.
Même si le nom exact du paysagiste n’est pas connu, la sophistication de la composition du jardin montre une excellente connaissance des principes décrits dans le Sakuteiki 作庭記, le plus ancien traité japonais sur l’art des jardins, rédigé probablement au XIe siècle. Le jardin révèle notamment une maîtrise des équilibres entre eau et pierre, l’usage du paysage symbolique, les compositions asymétriques et une intégration des points de vue depuis les bâtiments religieux aujourd’hui disparus. Il est donc très probable que les moines-jardiniers ou artisans ayant conçu le site appartenaient à une tradition savante du Sakutei héritée de la culture aristocratique de Kyōto 京都 à l’époque Heian.
Le jardin est occupé en son centre du vaste étang Ōizumi-ga-ike 大泉が池 de forme irrégulière et très ouverte, évoquant une baie naturelle. Ce vaste plan d’eau constitue le cœur de la composition. Le jardin conserve également des vestiges d’îlots, de ponts et de chemins cérémoniels. L’île centrale présente une forme courbe évoquant une virgule ou une virgule chinoise, « magatama » 勾玉, forme symbolique très ancienne au Japon. Cette courbure contribue à guider le regard et à créer un mouvement dans la composition du plan d’eau. Les assemblages rocheux, « ishigumi » 石組, des rives évoquent un littoral maritime accidenté. Des spécialistes japonais rapprochent cette disposition des représentations de côtes marines que l’on trouve dans certains jardins aristocratiques de la fin de l’époque de Heian.
Les pierres émergentes paraissent ainsi figurer des caps rocheux battus par les flots. La grande pierre dressée dans l’eau, « tateishi » 立石, a une hauteur d’environ deux mètres. Elle joue un rôle essentiel dans l’équilibre visuel du jardin ; son inclinaison semble avoir été choisie afin de compenser l’horizontalité du vaste étang et de créer une tension dynamique dans la composition. Ce type d’ajustement correspond précisément aux principes esthétiques décrits dans les anciens traités de jardins japonais. Les pierres émergentes génèrent des perspectives changeantes selon les saisons, les ombres et les reflets.
Les vastes pelouses actuelles entourant l’étang correspondent à l’aménagement moderne du fait de la disparition des bâtiments médiévaux. Le site est entouré de pins, « matsu » 松, d’érables, « momiji » 紅葉, et de cerisiers, « sakura » 桜 et, en bordure ouest de l’étang, d’iris, « kōsai » 虹彩, offerts par le sanctuaire tokyoïte Meiji-jingū.
Après la destruction du complexe à la fin du XIIe siècle puis les incendies des siècles suivants, le jardin fut progressivement enseveli. Des fouilles archéologiques furent entreprises au XXe siècle afin de retrouver les contours de l’étang et les dispositions anciennes des pierres. La restauration majeure fut réalisée dans les années 1950.
En raison de son importance exceptionnelle pour l’histoire des jardins japonais, Mōtsū-ji fut classé site de beauté pittoresque, « meishō » 名勝, en 1922 puis site spécial de beauté pittoresque, « tokubetsu meishō » 特別名勝, en 1952 (voir ici l’article listant les jardins classés de beauté exceptionnelle).
Il fait également partie du bien inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 2011 sous le nom : « Hiraizumi – Temples, jardins et sites archéologiques représentant la Terre pure bouddhique ».
Perspective
Galeries de photographies
L’entrée du site et les vues panoramiques autour de l’étang.














Les pierres lors de la restauration après le séisme et dans leur état actuel.












Les bâtiments.





















Peinture
Paravent exposé dans l’hôtel Hiraizumi Musashibo 平泉ホテル武蔵坊 « Pure Land Garden (Motsuji Temple) » 浄土庭園(毛越寺) peint vers 1970 par Shunpou Siobara 塩原榛峰画 (1919-env. 2010).

Fête de l’époque Heian
La photographie de la fête du cours d’eau sinueux Kyokusui-no-en 曲水の宴 ci-dessous a été prise le 18 mai 1986 dans le cadre du festival commémorant le 800e anniversaire de la mort du troisième seigneur Fujiwara-no-Hidehira 藤原秀衡 (vers 1122-1187).
Cette reconstitution a eu lieu au niveau du « yarisui » 遣水, le canal amenant l’eau dans l’étang Ōizumi-ga-ike et situé au nord-ouest du site. Les participants vêtus de costumes de cour de l’époque de Heian s’installent le long du « yarimizu ». Des coupes de saké sont déposées sur l’eau ; les participants doivent composer un poème, « waka » 和歌, avant que la coupe ne passe devant eux. Cette cérémonie aristocratique, d’origine chinoise, recrée les divertissements poétiques des anciennes résidences nobles.

Références bibliographiques
- The Garden Art of Japan, The Heibonsha Survey of Japanese Art, Volume 28, Masao HATAKAWA, Weatherhill/Heibonsha, 1973 : p. 37 et 40
- Le jardin japonais, Imtraud SCHAARSCHMIDT-RICHTER, Office du Livre, 1979 : p. 50, 52, 178-180, 182, 288, 291 et 296-297
- The Japanese Garden, Islands of Serenity, Haruzo OHASHI, Graphic-sha, 1986 : p Invitation to Kyoto Gardens, Kenzo YAMAMOTO, Suiko Books, 1989 : p. 51 et 99
- Le jardin japonais – Angle droit et forme naturelle, Günther NITSCHKE, Taschen, 1990 : p. 29, 53, 59, 61 et 63
- L’art du jardin au Japon, Marc Peter KEANE, Editions Philippe Piquier, 1999 : p. 38
- 100 Japanese Gardens – The best gardens to visit in Japan, Stehen MANSFIELD, Tuttle, 2019 : p. 236-237
Lien externe
Vous trouverez des informations en français sur le site de l’Office de tourisme de Hiraizumi.
Mise à jour : 13 mai 2026
