Au Japon et en dehors du Japon
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Yūzen-en

Description

Situé dans la partie méridionale de l’enceinte du temple Chion-in 知恩院, dans la partie Est de Kyōto 京都, le jardin Yūzen-en 友禅苑 est un jardin relativement récent par rapport à la plupart des jardins historiques de la ville.

Il se trouve au sud de la grande porte Sanmon 三門 du temple, jouxtant ainsi le Parc Maruyama 円山公園 et le sanctuaire Yasaka 八坂神社.

Dans ce secteur vécut l’artiste Miyazaki Yūzen-sai 宮崎友禅斎, créateur de la technique de teinture « yūzen-zome » 友禅染. Le jardin Yūzen-en fut aménagé en 1954 afin de commémorer le troisième centenaire de la naissance de cet artisan.

Le jardin est conçu comme un jardin de promenade à étang « chisen-kaiyū-shiki teien » 池泉回遊式庭園. L’ensemble comprend deux compositions principales : le jardin autour de l’étang Garyū-chi 臥龍池 et le jardin sec Rokuya-en 鹿野苑, tous deux réalisés en 1954. Cette juxtaposition de paysages aquatiques et minéraux est caractéristique de certains jardins modernes de Kyōto, où l’on cherche à associer plusieurs traditions paysagères dans un espace relativement restreint.

Le cœur du jardin supérieur est l’étang Garyū-chi 臥龍池, ce qui signifie « Etang du dragon couché ». Le bassin est alimenté par une source provenant des collines de Higashiyama 東山. Sa forme allongée et sinueuse évoque symboliquement le corps d’un dragon reposant dans le paysage, image fréquente dans la tradition des jardins japonais pour suggérer une énergie latente.

Dans certaines interprétations, cet étang est également appelé « Potalaka », en référence au mont Fudaraku-san 補陀洛山, équivalent japonais du mont Potalaka dans la tradition bouddhique, considéré comme la demeure du bodhisattva de la compassion.

Dans l’étang se trouve une statue de Kannon, « Kannon bosatsu » 観音菩薩, réalisée par le sculpteur Takamura Kōun 高村光雲. Cette sculpture constitue un point focal du bassin et joue un rôle central dans la composition visuelle du jardin d’étang. La présence de cette figure renforce l’interprétation symbolique du plan d’eau comme une mer sacrée au centre de laquelle apparaît le bodhisattva.

La disposition des rochers autour du bassin semble suivre une structure proche de la composition « sanzon-ishi » 三尊石, arrangement traditionnel de trois pierres évoquant une triade bouddhique. Dans ce contexte, cette configuration pourrait symboliser Kannon accompagné de deux assistants, thème fréquent dans l’iconographie religieuse.

En léger surplomb de l’étang se trouvent deux pavillons de thé « chashitsu » 茶室. Le premier est Karei-an 華麓庵, une maison de thé associée à l’école de cérémonie du thé Urasenke 裏千家. Le second pavillon est Hakuju-an 白寿庵. Cette maison de thé fut déplacée dans le jardin pour commémorer le 99ᵉ anniversaire de Nakamura Kōryū 中村康隆, quatre-vingt-sixième prêtre supérieur du temple Chion-in. Ces pavillons sont précédés d’un jardin de thé, « roji » 露地, assurant une transition progressive vers l’atmosphère de recueillement associée à la cérémonie du thé.

En contrebas de la zone de l’étang se déploie le jardin Rokuya-en 鹿野苑 aménagé en jardin sec « karesansui ». Son nom signifie « jardin du parc des cerfs » et renvoie au parc des cerfs de Sarnath, en Inde, où le Bouddha aurait prononcé son premier sermon après l’illumination. Le paysage est constitué d’une surface de gravier blanc « shirasuna » 白砂 soigneusement ratissée, évoquant symboliquement la mer, tandis que des collines de mousse et des groupes de rochers figurent des îles. Des îlots, « nakajima » 中島, avancées de rivage, « dejima » 出島, et petits ponts de pierres plates créent un paysage miniature. Certains détails, comme une pierre aux stries topographiques ou la présence de cycas du Japon, « sotetsu » 蘇鉄, évoquent un paysage méridional, renforcent l’impression d’un archipel stylisé.

L’ensemble du jardin offre un contraste marqué entre le paysage végétalisé de l’étang et le jardin sec, passant d’un univers aquatique narratif à une abstraction minérale propice à la méditation.

Il associe plusieurs niveaux de signification. Il constitue un hommage à Miyazaki Yūzen-sai, dont les innovations ont profondément marqué l’histoire de l’art textile japonais et intègre également une dimension bouddhique, à travers la présence de Kannon dans l’étang Garyū-chi et l’évocation du mont Potalaka et par le jardin sec évoquant le parc des cerfs de Sarnath.

En réunissant jardin d’étang, pavillons de thé et paysage sec, Yūzen-en illustre la manière dont les paysagistes de l’époque moderne à Kyōto ont su réinterpréter les traditions classiques du jardin japonais dans un cadre commémoratif et culturel.

Perspective

Galeries de photographies

Le jardin supérieur autour de l’étang Garyū-chi et la statue de Kannon.

La zone des pavillons de thé.

Le jardin Rokuya-en

Lien externe

Vous trouverez des informations en anglais sur le site du temple Chion-in ainsi qu’une vidéo sur le site Tokyo Street View.

Mise à jour : 10 mars 2026