
Les jardins secs, “karesansui” 枯山水, littéralement « montagne-eau-sec », représentent des paysages abstraits où le sable ou le gravier ratissé devient métaphore de l’eau ou du temps. Apparues à l’époque Muromachi (XIVᵉ-XVIᵉ siècle), ces compositions se sont inscrites dans la la religion bouddhiste zen.
Le sable blanc, “shirasuna” 白砂, ou le gravier clair, “ishi-suna” 石砂, représente la mer ou la rivière, tandis que les pierres, “ishi”石, représentent des îles ou des montagnes.
Le ratissage est effectué à l’aide d’un râteau appelé “kumade” 熊手. Ce terme signifie littéralement « patte d’ours », car ses dents de bois rappellent les griffes de cet animal. Le maniement du “kumade” demande de la fluidité et de la précision car une trop forte pression perturbera la régularité du motif et une trop faible pression ne permettra pas de créer le motif attendu.
Différents motifs de ratissages peuvent être produits parmi ceux-ci :
- “chokusen-mon” 直線紋 constitué de lignes droites parallèles symbolisant les flots de la mer ou d’une rivière,
- “ryūsui-mon” 流水紋 avec des courbes ondoyantes et ses variantes évoquant le flux d’une rivière,
- “ren-mon” 連紋 composé de motifs reliés, continus et créant une trame ininterrompue,
- “ishi-mawari” 石周り constitué du contour autour des pierres, créant un effet de « flottaison »,
- “morizuna” 森砂 doté de textures granuleuses suggérant l’épaisseur d’une forêt,
- “maru-uzu-mon” 丸渦紋 decliné en spirales semblables à des tourbillons aquatiques,
- “ichi-matsu-mon” 市松紋 dessinant des damiers,
- “seigaiha-mon” 青海波紋, “vagues de l’océan bleu”, structuré d’arcs de cercles imbriqués, selon un motif textile traditionnel.
Le résultat du ratissage est éphémère puisque le vent, la pluie ou des malencontreux piétinements peuvent le dégrader. Ce caractère fragile correspond au principe bouddhique de l’impermanence.
Pour le moine qui a en charge l’entretien du jardin sec de son temple, tracer le motif de ratissage n’est pas seulement un geste de restauration, mais une méditation en mouvement, soit une autre forme de la pratique du “zazen”.
Dans la rigueur du ratissage et la simplicité du matériau travaillé, les “karesansui” relèvent une esthétique où le vide et le silence sont aussi présents.
Cônes
Parmi les créations de sable, les cônes « tatesuna » 縦スマ sont parmi les plus étranges. Il semble que les plus anciens cônes formés de sable compacté aient été réalisés au sanctuaire Kamigamo-jinja (voir la première photo ci-dessous). Les autres exemples ci-dessous se situent dans les temples Daisen-in, Myōshin-ji, Kodai-ji et Manshū-in à Kyōto.





Monticules
Le plus célèbre monticule est celui du temple Ginkaku-ji à Kyoto : Kogetsudai 向月台, ce qui signifie « plateforme d’observation de la lune ». Selon la tradition, cette structure représenterait une colline de forme faisant allusion au Mont Fuji de laquelle on contemple la pleine lune qui se reflète dans le bassin d’eau situé en contrebas.
La seconde photo aussi prise au Ginkaku-ji est celle de la grande étendue de sable Ginshadan 銀沙灘, ce qui signifie « mer de sable d’argent ». Elle est constituée d’une large surface horizontale durélevée, soigneusement ratissé en lignes parallèles structurées, et évoque une mer calme.
La troisième photo représente le monticule aménagé dans le petit jardin ouest du Shakado-do au temple Eikan-dō à Kyōto. Il est situé au droit de la porte de Chokushimon dédiée à l’Empereur et permettant d’être purifié en marchant sur le sable en entrant par cette porte.
La quatrième photo est celle d’un des deux monticules implantés après avoir passé le portail principal du temple Honen-in à Kyoto. Ces monticules sont appelés Byakusa-dan 白砂壇, ce que l’on peut traduire par « autels de sable blanc ». Ces volumes de sable de base rectangulaire et de forme de cône tronqué sont décorés sur leur surface supérieure de motifs végétaux, telle la feuille d’érable à la saison de « momiji kōyō » 紅葉狩り. Ces deux monticules remplissent une fonction de purification, le sable blanc étant traditionnellement associé à la pureté dans le bouddhisme et le shintōisme.




Lignes parallèles
Le motif “chokusen-mon” 直線紋 est constitué de lignes droites parallèles symbolisant les flots de la mer ou d’une rivière.
Les exemples ci-dessous illustrent ce motif au Palais impérial de Kyōto « Kyōto-gosho », au temple Shōkoku-ji à Kyōto, au jardin de l’ancien château de Tokushima et aux temples Tenryū-ji, Myōken-ji, Ninna-ji, au jardin Sud de Funda-in créé par SESSHŪ, Kōrin-in et Ōbai-in à Kyōto.









Damiers
Les motifs en damier sont présents dans les trois exemples ci-dessous : au temple Shōkoku-ji à Kyōto, au temple Zuigan-ji à Matsushima et le jardin sec le plus connu pour ses damiers, le sous-temple Fumon-in au temple Tofuku-ji au Sud de Kyōto.



Cercles concentriques
Voici les différents exemples de motifs en cercles dans les temples de Kennin-ji à Kyoto, Anyō-in à Kōya-san, Shōkoku-ji à Kyōto, Tōfuku-ji aménagé par Mirei SHIGEMORI au Sud de Kyōto, au Musée Takenaka Carpentry Tools à Kōbe, au temple Seiryō-ji à Hikone et à la résidence Kogawa à Masuda.







Dessins en courbes
Ces ratissages en ondulations, faisant allusion à des vagues, sont visibles au temple Nanzen-ji, dans le jardin « Tora-no-ko watashi niwa » ou « Le jardin du passage du tigre et de ses petits » créé par ENSHŪ, Kennin-ji, Sambō-in, au jardin Mumyō-in créé par le paysagiste Kinsaku NAKANE dans le temple Shinshō-ji à l’Est de Fukuyama, Konchi-in créé par ENSHŪ à Kyōto et Fukuchi-in conçu par Mirei SHIGEMORI à Kōya-san.






Contours de pierres et pavages
Les pierres situées dans les étendues de sable sont entourées de cercles ratissés. Les exemples ci-dessous sont situés aux temples Ryōan-ji, Taizō-in avec son jardin créé par Kanō Motonobu, Ryōgen-in avec son jardin Isshidan, Myōren-ji, Kōmyō-in, Reiun-in, à la résidence Kogawa à Masuda, ces trois derniers aménagements dus à Mirei SHIGEMORI, au temple Shinnyo-dō avec le jardin du Nirvana créé par le paysagiste Saburo SONE à Kyōto, au temple Kongōbu-ji de Kōya-san, à l’hôtel New Otani de Tōkyō, à l’hôtel Sheraton Miyako de Tōkyō, à l’hôtel Indigo d’Inuyama et au jardin Mumyō-in créé par le paysagiste Kinsaku NAKANE sur les hauteurs du temple Shinshō-ji à l’Est de Fukuyama.













Il existe aussi le ratissage qui prend la forme de cercles concentriques tels ceux formés à la surface de l’eau lorsqu’un caillou tombe dans l’eau. Les deux exemples ci-dessous sont visibles au temple Ryogen-in, dans les deux petits espaces Koda-tei et Tōtekiko créé par Gakushō NABESHIMA en 1960, à Kyōto.


Ratissages uniques
Les motifs particuliers ci-dessous sont présents au temple Ginkaku-ji à Kyōto, à la résidence Takayama Jinya à Takayama, dans deux jardins du temple Zuihō-in, aux temples Tōfuku-ji, Reiun-in, ces deux jardins ayant été dessinés par Mirei SHIGEMORI, Hompō-ji, Enkō-ji et Shinnyo-dō créé par Chisao SHIGEMORI en 2010 à Kyōto.









Balayage
Lorsque la surface de la cour ou du temple n’est pas couverte de sable ou de gravier, mais d’une simple étendue de terre, un balayage régulier est néanmoins nécessaire. Ci-dessous deux exemples de balayage soigné, en lignes parallèles au sanctuaire Udo-jingū au Sud de Miyazaki et en lignes courbes au temple Ishite-ji à Matsuyama.


Mise à jour : 28 décembre 2025