
SOMMAIRE
Description
Taizō-in 退蔵院 est un sous-temple « tatchū » 塔頭 du grand complexe zen du Myōshin-ji 妙心寺 à Kyōto 京都 qui appartient à l’école Rinzai du bouddhisme zen. Le temple se situe dans le quartier de Hanazono 花園, dans l’arrondissement d’Ukyo 右京区 de la ville.
Il possède un ensemble de jardins particulièrement remarquable car il juxtapose des créations de périodes très différentes. Trois compositions principales structurent aujourd’hui le parcours : le jardin de Motonobu, le jardin du Yin et du Yang et le jardin moderne Yokō-en.
La partie la plus ancienne est le jardin sec, « karesansui » 枯山水, appelé jardin de Motonobu, « Motonobu-no-niwa » 元信の庭, attribué au peintre Kanō Motonobu 狩野元信 (1476-1559), figure majeure de l’école de peinture Kanō. Réalisé probablement au milieu du XVIᵉ siècle, ce jardin illustre la forte relation entre la peinture à l’encre et la composition paysagère dans la culture zen de l’époque Muromachi. L’influence picturale des paysages à l’encre de Motonobu inspira les jardiniers et moines concepteurs de paysages secs. La composition à Taizo-in évoque un panorama montagneux. Un groupe de rochers dressés figure des sommets abrupts, disposés de manière asymétrique dans une mer de gravier soigneusement ratissé. Des pierres plates suggèrent des falaises ou des plateaux, tandis que quelques arbustes taillés introduisent une présence végétale discrète. L’ensemble se lit comme un paysage lointain observé depuis une terrasse, selon une logique visuelle très proche des rouleaux de paysages chinois qui inspiraient alors les artistes zen.
Dans la continuité du parcours apparaît le jardin du Yin et du Yang, « In’yō-no-niwa » 陰陽の庭. Cette composition, d’auteur incertain, remonte probablement à la seconde moitié du XXᵉ siècle dans le contexte des réaménagements contemporains du temple. Elle s’inspire explicitement du principe cosmologique du yin et du yang « in’yō » 陰陽, fondé sur la complémentarité des forces opposées. Le dispositif repose sur deux zones contrastées : l’une sombre, constituée de gravier foncé et de plantations plus denses, et l’autre claire où dominent sable clair et surfaces ouvertes. Les lignes courbes et les masses végétales y créent un jeu d’équilibre dynamique, traduisant une interprétation moderne d’un concept cosmologique traditionnel tout en conservant le vocabulaire minimaliste des jardins zen.
Enfin, au sud du complexe s’étend le jardin Yokō-en, « Yokō-en » 余香苑, conçu entre 1963 et 1966 par le paysagiste Nakane Kinsaku 中根金作 (1917-1995). Nakane est l’un des grands rénovateurs de l’art des jardins au XXème siècle.
Nakane intervint dans la restauration du jardin de Funda-in en 1957. Plus tard, il aménagea le jardin Seiryū-en au Château Nijō en 1965, dessina le projet initial du jardin du Musée d’art Adachi près de Matsue entre 1969 et 1972, rénova les jardins de Heian-jingū vers 1975-1977 et réalisa le jardin japonais du Parc Ōhori à Fukuoka en 1984. Une grande partie de ses oeuvres furent réalisées aux États-Unis, en Australie ou à Singapour.
À Taizō-in, il conçut un jardin de promenade autour d’un étang, « chisen-kaiyū-shiki teien » 池泉回遊式庭園. Un large plan d’eau occupe le centre de la composition, bordé de rives sinueuses plantées d’érables, de pins et d’azalées. Une cascade discrète alimente l’étang depuis une composition rocheuse évoquant une vallée montagneuse. Des îlots et des pierres disposées dans l’eau suggèrent des paysages insulaires symboliques, tandis que des chemins permettent d’observer la scène sous différents angles. Nakane chercha ici à créer un paysage poétique et saisonnier, où les couleurs automnales et les reflets de l’eau prolongent la contemplation initiée dans les jardins plus anciens.
Ainsi, le Taizō-in offre une synthèse rare de l’évolution de l’art des jardins japonais, depuis l’esthétique zen de la période Muromachi jusqu’aux réinterprétations paysagères du XXème siècle.
Plan
Perspective de Myōshin-ji en direction du Sud et localisation de Taizō-in.


Dessin de relevé du Jardin du Motonobu.
Galeries de photographies
Accès et cheminement vers le Jardin de Motonobu.




Le Jardin de Motonobu









Le Jardin du Yin et du Yang.














Vues du jardin Yokō-en































Photographies des archives de Roland Schweitzer
L’architecte français Roland SCHWEITZER (voir l’article qui lui est consacré sur ce lien), spécialiste de la construction en bois, s’est rendu au Japon à sept reprises entre 1967 et 2011 et a visité le temple Taizo-in.
Après son décès en 2018, les diapositives de ses voyages au Japon ont été données par sa fille Marie SCHWEITZER à l’Académie d’architecture qui les a déposées au Centre d’archives d’architecture contemporaine de la Cité de l’architecture. Elles ont été numérisées par l’École nationale supérieure d’architecture de Strasbourg.Une partie d’entre elles sont présentées ici avec l’accord de Marie SCHWEITZER et les autorisations des gestionnaires du fonds Roland Schweitzer : l’Académie d’architecture, la Cité de l’architecture et du patrimoine et les Archives d’architecture contemporaine.
Ci-dessous, les prises de vue de Roland SCHWEITZER numérisées puis retouchées.















Vous pouvez accéder aux autres galeries de photographies de Roland SCHWEITZER :
- Temple Kinkaku-ji à Kyōto
- Temple Konchi-in à Kyōto
- Temple Myōshin-ji à Kyōto
- Temple Nanzen-ji à Kyōto
- Temple Nishi Hongan-ji à Kyōto
- Temple Ryōan-ji à Kyōto
- Temple Saïhō-ji aussi appelé Koke-dera à Kyōto
- Temple Sambō-in à Kyōto
- Temple Tenju-an à Kyōto
- Temple Tōfuku-ji à Kyōto
- Sanctuaire Heian-jingū à Kyōto
- Sanctuaire Kamigamo-jinja à Kyōto
- Villa impériale de Katsura à Kyōto
- Villa impériale de Shūgaku-in à Kyōto
- Jardin Ritsurin-kōen à Takamatsu
- Kagawa Prefectural Office à Takamatsu.
Références bibliographiques
- The Garden Art of Japan, The Heibonsha Survey of Japanese Art, Volume 28, Masao HAYAKAWA, Weatherhill/Heibonsha, 1973 : p. 49, 86-87, 91 et 115
- Le livre secret des jardins japonais, Pierre et Suzanne RAMBACH, Albert Skira Editeur, 1973 : p. 56, 81-84, 119, 128-129, 158-159, 199, 216 et 225
- Le jardin japonais, Imtraud SCHAARSCHMIDT-RICHTER, Office du Livre, 1979 : p. 71-72 et 195
- Invitation to Kyoto Gardens, Kenzo YAMAMOTO, Suiko Books, 1989 : p. 37 et 58
- Zen Gardens, Kyoto’s Nature Enclosed, Tom WRIGHT – Katsuhiko MIZUNO 水野克比古, Mitsumura Suiko Shoin, 1990 : p. 22-23
- Jardins du Japon, Jardins du ciel, Maurice FLEURENT, Edisud, 1993 : p. 88 et 110
- Gardens in Kyoto, Katsuhiko MIZUNO 水野克比古, Suiko Books, 2002 : p. 28-29
- The Gardens of Kyoto, Karesansui, Photographs : Kenzo YOKOYAMA, Seigensha Art Publishing, 2008 : p. 103-107 et 139-140
- The Gardens of Kyoto, Chisen, Photographs : Kenzo YOKOYAMA, Seigensha Art Publishing, 2008 : p. 84-85 et 138
- Kyoto Gardens, Masterworks of japanese gardener-s art, Judith CLANCY, Tuttle, 2014 : p. 106-109
- Japon, Le Guide Vert, Michelin, 2015 : p. 394
- Le jardin japonais, Sophie WALKER, Phaidon, 2017 : p. 254-255
- Japon, Lonely Planet, 6ème édition, 2017 : p. 338
- Zen gardens and temples of Kyoto, John DOUGHILL, Tuttle, 2017 : p. 96-97
- 100 japanese gardens, Stephen MANSFIELD, Tuttle, 2019 : p. 68-69
- Le fuzei dans les jardins du Japon, Claude LEFEVRE, ULMER, 2019 : p. 47
- Japanese Gardens : Kyoto, PIE International, 2019 : p. 47
Lien externe
Vous trouverez des informations en anglais sur le site internet Real Japanese Gardens.
Mise à jour : 13 mars 2026

